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Parfois

Il a fuit de peur d'être interné. Et avec raison.

Parce que j'ai fait le premier certificat médical d'HDT après l'avoir vu.

Non sans avoir d'abord fouillé internet pour retrouver sa famille.

J'aime pas appeler à pas d'heure pour dire "Bonsoir, je suis le docteur x de l'hopital y à Z. un silence en face. Vous etes de la famille de Mr S?  -oui- un silence - c'est mon fils. J'attendais le jour où j'aurais cet appel..."

Je me suis fait reprocher d'avoir débuté une procédure hdt classique et pas une hdt u, qui aurait permis qu'il parte comme ça, direct, sans comprendre, alors qu'il avait accepté de rester pour la nuit, un lit, une douche, à manger... et "un calmant", à sa demande, un calmant antipsychotique sur lequel nous nous mettons d'accord, malgré l'ambivalence, malgré les troubles du cours de la pensée et le dialogue hallucinatoire qui lui interdit de m'en dire plus...

Et quoi? Il aurait fallu qu'il se reveille et qu'on le kidnappe sans le réevaluer pour l'enfermer dans quelque sombre pavillon? Alors que peut-être il pourrait être un peu plus apaisé et consentir à des soins pour calmer cette angoisse qui le dévore?

Je deteste les urgences quand elles se contentent de trier sans se donner la peine de soigner. Et surtout en psy, sans réaliser combien il est naturel que traités ainsi, il est logique que les patients deviennent réticents, se méfient des psychiatres.

Moi aussi, je me méfierai!

La veille, une vieille parano qu'on m'avait demandé de voir parce qu'elle refusait des soins somatiques, alors que je disais juste "bonjour, je suis le Dr x" me répond tout sourire:

"Psy, c'est ça?"

J'acquiesce en lui rendant son sourire "Vous avez bien vu!"

"Je l'ai su tout de suite. Vous êtes calme vous"

Essayons de ne pas le perdre!

22.2.10 17:41


Avec des Si...

Il est beau comme un astre.

Il transpire le bonheur.

Il a 15 mois. L'age qu'aurait eu notre enfant. Avec des Si.

Sauf que. Il n'y a pas de si qui tienne.

La patiente que je suivais pour une dépression post fausse-couche vient de passer ses 3 premiers mois de grossesse. Celle que je suivais pour un ptsd aussi.

Celle qui a décompensé pendant sa grossesse a accouché d'une magnifique petite.

J'ai refusé d'aller voir celle qui a fait une TS à 31 semaines de grossesse pendant la garde, l'interne s'en est chargée. Ca me touche trop. J'ai demandé qu'on arrete de m'adresser les femmes enceintes et les problématiques de grossesse.

Je ne peux pas gerer ça maintenant. Ca me coute trop.

Un jour moi aussi... je ne pourrais pas ignorer ce truc qui crie à l'interieur encore longtemps. Enfin j'en sais rien, c'est la vie qui décide.

19.2.10 21:50


To live list

Je profite du calme et de la tranquille compagnie de Pook pour penser un peu à ma vie. A ce qui est important pour moi. A ce qui est vital.

Je devrais être titularisée pour mai. Important le boulot. Que ce soit stable un peu. Le Bazar actuel devrait se poser bientôt, et les petites pierres que je pose en ce moment  me permettront une assise plus confortable là-bas. Ca me passionne mais là mon état émotionnel rend les choses pénibles. Mon interne pathologique aussi, faut dire.

Ma maison. Je l’aime beaucoup, mais en fait, « une » maison, c’est bien. Si ça ne doit plus être celle-ci, ce n’est pas grave. Enfin, je vais racheter la part de chou. L’important c’est le dehors, il faut une maison avec un dehors pour y savourer le soleil au pti dej, pour y lire dans un fauteuil à bascule, pour y tremper mes doigts dans la terre. J’ai tout ça. Je continue le jardin partagé avec les voisins. Il n’attend que moi, ce jardin. En avril, avec la petite nous aurons pris notre rythme, trouvé nos marques. Et sans doute n’aurais-je plus ce besoin de me jeter sur Skype à peine sortie du boulot. Je pourrais passer par le jardin et travailler la terre.

J’aime ça, et ça me fait du bien.

Bouger. Faire le tour des amis un peu partout, rencontrer de nouvelles personnes, en accueillir à la maison. Découvrir de nouveaux fonds marins, galoper dans de vertes prairies…

Faire du sport. Sentir à nouveau mes muscles jouer, me porter, me propulser ici ou là. Légèreté.

Lire, écrire, jouer avec les mots. Découvrir de nouveaux styles, des histoires éternelles, des concepts… au fond du canapé bien calée. Tranquille.

Et puis il y a le vital. Partager de l’amour et de l’amitié. Etre en lien. Vibrer en chœur. Est-ce important qui on aime au final, tant qu’on aime ? Alors je verrais bien si nos ventres continuent à se répondre si fort dès que nos regards se croisent, si la chair de poule continue longtemps à nous saisir quand nos lèvres se susurrent des mots doux…

Peu importe. Il y aura toujours de l’amour.

18.2.10 21:59


Les idées s'entrechoquent, les emotions hagardes se retournent vers moi: alors, que faire?

Je les regarde avec ma pauvre tendresse et je les serre fort, ces petites, il faut bien les consoler, tant bien que mal.

Bon, je viens de regarder comment aller rejoindre ma tatie la sorcière, ce sera un vol marseille-geneve, départ samedi matin retour lundi soir? On fait comme si je n'vais pas déjà épuisée tous mes jours de congés... il faut dire, mon DU est pris dessus!

Prendre soin de soi. Ca voudrait dire commencer par appeler le plombier. On se pèle ici, la chaudière n'a plus de pression, et magré le thermostat à fond il ne fait que 19°. J'ai l'habitude de vivre à 23... Là j'ai t-shirt, sous pull ,pull, polaire, plaid et je grelotte.

Je ferais mieux de mettre de la musique et de danser!

Et puis ranger les affaires de la petite.

Trier les miennes.

 J'ai du retard partout. Sauf là où un jour ça me fera plaisir.

14.2.10 14:52


burned in.

Je crois que je dois me rendre à l’évidence.

J’ai les émotions en vrac.

Samedi j’ai pleuré en serrant chou dans mes bras.

Dimanche j’ai pleuré pendant ma garde en discutant avec l’interne.

Lundi j’ai pleuré dans les bras de la jolie brune avec qui j’avais prévu de coucher.

Mardi ? J’étais sans doute trop excitée pour pleurer.

Mercredi j’ai pleuré, toute seule dans le bus 64. Je me faisais la réflexion que j’étais plutôt heureuse, malgré tout ce bordel, et les larmes ont jailli. Chou. Elle aussi a perdu un bébé. Personne ne s’est soucié d’elle, ne l’a consolée.

Jeudi, retour à l’hosto, trop débordée pour m’arrêter un seul instant sur moi. Jour sec ?

Vendredi j’ai pleuré entre deux consults en discutant avec mon interne. J’ai aussi pleuré en discutant avec une fille inconnue sur msn.

Samedi j’ai pleuré dans les bras de la petite, lui racontant encore par le menu comment Arthurs est mort deux fois.

Ce soir, dimanche, je pleure encore.

Demain je suis de garde.

Vendredi nous allons chez le notaire avec Chou.

Samedi elle aura 34 ans.

Jeudi elle s’envolera pour le Québec.

Vendredi la petite partira pour Valladolid, pour cinq mois. Quatre qu’elle est ici tous les soirs, toutes les nuits, tous les ptits déj’…

Je crois que chef va devoir accepter mes congés. Une vieille amie m’invite à aller plonger en Nouvelle-Calédonie, c’est peut-être le moment.

 

31.1.10 22:55


Métaphore

Je saute dans le métro qui passe par là. Comme tous les matins à Paris.

Il faut trois ou quatre stations avant que je réalise que je ne lis jamais ces noms là d'habitude.

Parce que ce n'est pas le bon sens.

Je sors, et me dirige vers le quai d'en face. Un autre métro s'offre à moi, quasi vide, et je m'installe tranquille.

Un nom de station connu... ah... je respire... jusqu'à ce que suive un autre nom inconnu! Merde, je vais encore dans le mauvais sens?

Je descend, hagarde, et un peu sidérée.

Métaphore de l'impasse.

J'en appelle à ma raison, parce que tout de même, ça n'est pas possible. Je prend le metro suivant. Je ne vais pas rester sur ce quai je ne sais où...

Il est bondé. Debout, je lis mieux les noms des stations. J'ai confondu porte et place d'italie. Je pouvais croire le panneau, contrairement aux apparences, je vais dans le bon sens.

Voilà pour la métaphore. Y a plus qu'à identifier les quais, bons ou mauvais, dans la réalité.

Demain, je prend le bus.

26.1.10 23:04


dernier jour

2009 aura disputé à 2008 la palme de l'horreur. J'espère que 2010 n'entrera pas dans la danse pour les départager.

Années de la perte.

A bas les illusions, à bas les projets. Juste du vent qui vient disperser les grains de sable qui fuient peu à peu de mes mains...

C'est con hein, pour une jeune psychiatre pleine d'avenir. Et mon interne qui me demande comment je fais pour tomber aussi juste avec les bipolaires abandonniques déprimés! Je ne sais pas, je sens. Ou ce que j'ai appris me permet de ne pas avoir à réflechir vraiment, juste à suivre le fil qui pour moi se déroule de manière évidente.

3 mois que je vis au présent. Uniquement au présent. Reposant et inquiétant à la fois. Pas de passé, pas d'avenir.

Ce soir, de garde aux urgences psy, je dirais adieu à 2009.

Et bonjour 2010

31.12.09 08:36


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