Dimanche j’ai pleuré pendant ma garde en discutant avec l’interne.
Lundi j’ai pleuré dans les bras de la jolie brune avec qui j’avais prévu de coucher.
Mardi ? J’étais sans doute trop excitée pour pleurer.
Mercredi j’ai pleuré, toute seule dans le bus 64. Je me faisais la réflexion que j’étais plutôt heureuse, malgré tout ce bordel, et les larmes ont jailli. Chou. Elle aussi a perdu un bébé. Personne ne s’est soucié d’elle, ne l’a consolée.
Jeudi, retour à l’hosto, trop débordée pour m’arrêter un seul instant sur moi. Jour sec ?
Vendredi j’ai pleuré entre deux consults en discutant avec mon interne. J’ai aussi pleuré en discutant avec une fille inconnue sur msn.
Samedi j’ai pleuré dans les bras de la petite, lui racontant encore par le menu comment Arthurs est mort deux fois.
Ce soir, dimanche, je pleure encore.
Demain je suis de garde.
Vendredi nous allons chez le notaire avec Chou.
Samedi elle aura 34 ans.
Jeudi elle s’envolera pour le Québec.
Vendredi la petite partira pour Valladolid, pour cinq mois. Quatre qu’elle est ici tous les soirs, toutes les nuits, tous les ptits déj’…
Je crois que chef va devoir accepter mes congés. Une vieille amie m’invite à aller plonger en Nouvelle-Calédonie, c’est peut-être le moment.
Je saute dans le métro qui passe par là. Comme tous les matins à Paris.
Il faut trois ou quatre stations avant que je réalise que je ne lis jamais ces noms là d'habitude.
Parce que ce n'est pas le bon sens.
Je sors, et me dirige vers le quai d'en face. Un autre métro s'offre à moi, quasi vide, et je m'installe tranquille.
Un nom de station connu... ah... je respire... jusqu'à ce que suive un autre nom inconnu! Merde, je vais encore dans le mauvais sens?
Je descend, hagarde, et un peu sidérée.
Métaphore de l'impasse.
J'en appelle à ma raison, parce que tout de même, ça n'est pas possible. Je prend le metro suivant. Je ne vais pas rester sur ce quai je ne sais où...
Il est bondé. Debout, je lis mieux les noms des stations. J'ai confondu porte et place d'italie. Je pouvais croire le panneau, contrairement aux apparences, je vais dans le bon sens.
Voilà pour la métaphore. Y a plus qu'à identifier les quais, bons ou mauvais, dans la réalité.
2009 aura disputé à 2008 la palme de l'horreur. J'espère que 2010 n'entrera pas dans la danse pour les départager.
Années de la perte.
A bas les illusions, à bas les projets. Juste du vent qui vient disperser les grains de sable qui fuient peu à peu de mes mains...
C'est con hein, pour une jeune psychiatre pleine d'avenir. Et mon interne qui me demande comment je fais pour tomber aussi juste avec les bipolaires abandonniques déprimés! Je ne sais pas, je sens. Ou ce que j'ai appris me permet de ne pas avoir à réflechir vraiment, juste à suivre le fil qui pour moi se déroule de manière évidente.
3 mois que je vis au présent. Uniquement au présent. Reposant et inquiétant à la fois. Pas de passé, pas d'avenir.
Ce soir, de garde aux urgences psy, je dirais adieu à 2009.
Des lustres que je n'ai eu/pris le temps de venir ici. Noel en famille et m'y revoilà. Enfin, en famille... ma famille à moi elle n'est plus, et me voilà là comme une ado, juste fille de mes parents.
Insupportable.
Chou est là partout, à chaque blague où je l'imagine rire, où je la revoie les noel précédents.
Du bon, quand je fais un entretien entre deux portes, flanquées de mes deux internes, avec une dame trés délirante à qui je vais "refuser" une permission pour voir sa fille.
Trois phrases et elle s'apaise et me remercie même. Entre ces trois phrases, elle a fondu en larmes en m'expliquant que le diable la persécutait sans cesse, qu'il sortait des murs et lui parlait directement dans la tête.
"Comment tu fais?
-Comment je fais quoi?
-Tu lui as dit trois phrases et elle s'est apaisée! On n'y arrive pas!
-Eh, faut bien que je justifie que je sois "chef" maintenant!"
Je ne sais pas si j'ai fait quelque chose de plus que d'être trés posée et pleine d'empathie. Ces petites n'y arrivent pas encore parce qu'elles sont bardées de leur propre stress et de leurs peurs. Bientôt les filles, bientôt.
Du doux. Hier soir conférence dans une association de bipolaires. A la fin, la doyenne de l'association s'approche "Vous avez été merveilleuse et tellement positive! Ca m'a fait beaucoup de bien de vous entendre". Elle débordait d'amour cette grand mère. Je lui aurais bien demandé de m'adopter sur le champ. Trés envie de lui faire un câlin!
L'amer c'était tout à l'heure, en ouvrant le recommandé qui me convoquait auprès de l'expert pour l'aider à comprendre le dossier d'une patiente décédée il y a un an et demi. Bon, sauf que je l'ai vu deux fois il y a deux ans, je ne pourrais guère l'aider à retracer ses derniers jours... Je n'irais pas à Toulouse même si c'aurait été l'occasion de voir Claire. Il se passera de mes services!
Mais en discutant avec une autre des convoquées j'ai appris que le cours que j'avais donné la semaine passée avait été fort apprécié...
Ce n'est pas si souvent que ça arrive en psychiatrie. Une fin de suivi. D'un commun accord.
Récupération ad integrum. Et même un peu plus me dit-elle.
Rare que les gens soient assez sécure pour venir le dire. Là, si. Je viens, pour dire que j'ai fini. Je valide. Elle va bien, vraiment.
Capable de faire face.
Je regarde le planning de nos consults. 7 consults d'une heure dans les 5 mois, d'abord tous les 15 jours pendant les deux premiers mois puis tous les mois.